Luc Adrian

Journaliste à Famille Chrétienne
Auteur de "Des fleurs en enfer" (Presses de la Renaissance)
4 000 signes pour le site des Franciscains du Renouveau
aux bons soins de Cathy Brenti

Le train tangue au-dessus des gorges de la Creuse. Dans une heure, je serais à Limoges, devant trois cent personnes. Le ventre noué, j'installerai un bac de diapositives dans un projecteur, en écoutant une dame très gentille me pr senter au micro – "…ces frères et ces sœurs de saint François d'Assise qui ont tout quitté pour suivre le Christ, et vivre pauvres parmi les pauvres du Bronx, Luc Adrian a passé plusieurs semaines avec eux et en a rapporté un très beau livre…". Je rougirai, masquerai ma timidité dans l'ombre et commencerai le petit topo que je donne presque chaque semaine, dans tous les coins de France, depuis six mois. Cinquante diapos en noir et blanc, quelques anecdotes vivantes tirées du livre "Des fleurs en enfer" publié en mars 2000, permettent de délivrer, devant des publics divers, quelques "flashes" spirituels forts sur l'abandon à la  Providence, la pauvreté volontaire, la folie de l'Eucharistie, la force du sacrement de réconciliation, le regard d'espérance posé sur les êtres les plus brisés - le regard même du Christ sauveur-, la consolation du Pauvre des pauvres dans l'adoration, la puissance de la prière confiante… J'alterne les histoires de frère Francis, l'ancien skin head, de Valentine, sauvée du crack, de frère Bob dont la prière apprivoise les avions, etc, avec quelques extraits musicaux de frère Stan. Le témoignage est puissant car il est attesté par des engagements radicaux et le choix de la pauvreté volontaire, qui est dans notre société de consommation un “argument” incontestable.

De la Creuse sauvage et verdoyante traversée ce soir, au macadam âcre des rues du quartier de Melrose, South Bronx, il y a plusieurs années et une belle histoire. Je ne me serais jamais douté pas que ces JMJ de Denver, en 1993 où nous avons fait la connaissance de ces jeunes Franciscains du Renouveau, nous mèneraient à partager leur vie durant une semaine, en février 1994, puis unmois et demi en 1997, pour aboutir à un livre qui dépasse actuellement les 15 000 exemplaires vendus. Je ne me doutais pas non plus que le manuscrit final de ce texte qui me laissait très insatisfait, après plusieurs tentatives décevantes, pourrait toucher des publics aussi divers, croyants et incroyants. Je n'imaginais pas qu'une équipe de la télévision française - Envoyé Spécial, sur France 2 -, séduite par les photos du livre, rapporterait, en mai 2000, après un tournage d'une semaine chez les frères, un reportage magnifique à l' impact national. Je n'imaginais pas non plus que cette communauté compterait presque 80 membres en 2001 - dix fois plus que lors de sa fondation en 1987 - dont une dizaine de sœurs, et qu'un de ses novices serait Français.

Il y aussi tous ces fioretti invisibles que le Seigneur fait germer dans les cœurs, et pour lesquels je rends grâce ! Comme celui-ci : un jour, après une projection dans un lycée, à des élèves de premières et de terminales, un gar on s'approche de moi et lance : "J'aime beaucoup la couverture de votre livre, elle montre ce que nous sommes ! ". Ne saisissant pas ce qu'il voulait dire, je l'ai interrogé. Il m'a expliqué : "Oui, frère Jo qui tient le petit Beppo dans ses bras en riant, c'est l'image de Dieu qui porte chacun de nous. Et voyez comme Dieu est heureux quand on se laisse porter ! Et lorsque la vie nous secoue, nous bouscule et nous fait mal, Dieu nous serre encore plus fort. Il arrive alors que nous ne le sentions plus, que nous désespérions, mais Il est là, Il est là, et Il nous serre contre Lui, très fort ! " Je n'avais rien vu de tout cela dans cette image ! J'étais émerveillé devant cette "lecture" inspirée de cette photo que je n'aurais personnellement jamais choisie  comme couverture... car elle est floue ! Aussi vrai que le Seigneur peut se servir, pour témoigner des fioretti de sa Miséricorde, de pauvres instruments comme moi, qui rate généralement deux photos sur trois et ne sait même pas parler anglais!