LA CASA JUAN DIEGO

 

Voir photos et texte en anglais Casa

 

C’est un foyer de jour que nous avons ouvert près de la fraternité Saint-Félix à  Saint-Félix à Yonkers pour les immigrants d’Amérique latine. Ils sont arrivés clandestinement aux Etats-Unis par le désert à la frontière du Mexique, guidés par un « coyote », c’est-à-dire un passeur qu’ils ont payé très cher. Certains de ces hommes sont très jeunes. Beaucoup ont laissé chez eux une femme et des enfants qu’ils ne reverront pas en général pendant 3 ou 4 ans. Ils n’avaient plus les moyens de les faire vivre convenablement ni même parfois de les nourrir. Ici, ils gagnent en un jour ce qu’ils gagnent là-bas en une semaine. Alors, même s’ils ne trouvent pas du travail tous les jours, ils peuvent envoyer de l’argent à leur famille. Ils descendent dans la rue à partir de 6 h du matin pour attendre un employeur qui doit ruser pour ne pas se faire prendre par la police. Ils sont ainsi une centaine chaque matin à un carrefour près de chez nous. C’est une situation étrange : tout le monde sait qu’ils sont en situation illégale mais il faut une police spéciale pour les arrêter. Comme ils sont des centaines de milliers aux Etats-Unis, ils ne craignent en fait pas grand-chose. En revanche, la police locale peut arrêter un employeur pour travail au noir. La police vient effectivement chaque matin sur les lieux, mais à 7 h 30 seulement ! La police guette alors les employeurs mais il y a un pont au milieu du carrefour qui dissimule la vue d’un côté à l’autre. Les employeurs tentent donc leur chance malgré la menace d’une amende très lourde. C’était la même chose pour le trafic de drogue à Harlem où j’habitais avant mes premiers vœux : le trafic se poursuivait dans la rue malgré la présence constante de la police ! L’hiver, il y a peu de travail car le bâtiment, la principale source d’emploi des immigrants, fonctionne au ralenti. Un homme seulement sur dix environ trouve alors du travail. C’est évidemment la bousculade quand un employeur s’arrête. A la belle saison, le travail ne manque pas mais les patrons ne peuvent pas toujours déjouer la vigilance de la police qui s’est accrue depuis la tragédie du 11 septembre 2001.

 

Nous accueillons ceux qui n’ont pas trouvé de travail. Entre 9 h 30 et 15 h 30, les hommes peuvent trouver un abri chaleureux, un café, des journaux, un repas, sans l’alcool, la drogue, les jeux d’argent et les bagarres qui les guettent ailleurs. Certains lisent les évangiles à leur disposition sur les tables et discutent de la Foi avec nous. Nous faisons une brève prière à midi tous ensemble. Des conseillers viennent bénévolement apporter une aide administrative et psychologique. Nous leur offrons également des cours d’anglais. Quelques uns d’entre eux ont formé spontanément il y a peu de temps un groupe pour aider les autres et ils ont appelé leur groupe : « Solidarité franciscaine ». En mars 2002, nous avons eu ensemble un premier week-end de retraite, en espagnol évidemment, dans une ancienne ferme mise à notre disposition dans les collines au nord de New-York.