La traversée du désert

 

Les hommes qui fréquentent la Casa Juan Diego, notre foyer d’accueil à Yonkers, font partie des milliers d’immigrants d’Amérique latine qui arrivent chaque d’année de façon clandestine aux Etats-Unis. Beaucoup d’entre eux ont une femme et des enfants qu’ils ne reverront pas pendant 2 ou 3 ans, parfois plus. Ils entreprennent ce voyage au risque de leur vie pour permettre à leur famille de vivre convenablement, pour payer les études des enfants, acheter une petite maison et ainsi devenir indépendant des parents ou beaux-parents chez qui ils doivent parfois loger en attendant dans des conditions difficiles ou encore pour faire soigner un enfant malade.

 photo de "Las Noticias del Mundo"

Ayant quitté leurs villes et leurs villages, les immigrants arrivent au bord du Rio Grande, le fleuve qui marque la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Là, ils sont mis en contact par les gens du pays avec un passeur, appelé de façon expressive un ‘‘coyote’’. Ils appellent un membre de leur famille ou une autre personne qui vit déjà aux Etats-Unis pour lui demander d’envoyer au passeur le prix qu’il demande soit environ 1 500 $. Ils devront ensuite rembourser cette somme au taux exorbitant de 10 % par mois dans le meilleur des cas. Le prix inclut autant de tentatives nécessaires pour passer. S’ils se font renvoyer à la frontière, ils réessaient la nuit suivante ! Le prix inclut le transport de la sortie du désert à New-York et aussi des vêtements, voire des chaussures de rechange pour une nouvelle tentative ou pour la sortie du désert car des pillards dépouillent souvent les immigrants de tout ce qu’ils ont. Pour cette raison, ils n’emportent presque rien : de l’eau pour deux jours, quelques pommes et c’est tout. Ils arrivent fréquemment que les immigrants arrivent à la sortie du désert sans avoir bu depuis un  jour ou deux car leurs réserves d’eau se sont épuisées, surtout quand le passeur, pour s’attirer leur clientèle, leur a assuré qu’il leur ferait passer le désert en peu de temps. Avec certains passeurs, surtout s’ils ont beaucoup de ‘‘relations’’, la traversée peut en effet durer moins de 24 h mais la présence d’une patrouille ou les erreurs d’orientation peut la rendre beaucoup plus longue. Or, on ne peut tenir pas trois jours sans boire, surtout dans le désert. Environ 300 immigrants clandestins meurent dans cette aventure dangeureuse, principalement à cause de la soif, mais aussi à cause des serpents, des scorpions, des sables mouvants, des pillards ou encore d’une blessure qui empêche de marcher car il n’y a aucun secours dans le désert, les autres poursuivent leurs routes en vous laissant vous débrouiller seul. Certaines mesures sont prises pour essayer de limiter le nombre de morts. Par exemple, si une patrouille tombe sur un groupe d’immigrants et qu’elle ne peut pas les arrêter aussitôt, elle ne les poursuit pas, en principe, car ils se disperseraient alors dans le désert et, sans le passeur, ils seraient pratiquement condamnés à mort.

 

C’est par toutes ces épreuves que sont passés les hommes qui arrivent à Yonkers. Voir le Journal d’un frère 1er Juin 2002 à propos de leur recherche de travail et leur accueil à la Casa Juan Diego.